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Albert Lonhienne

Le regard d'un collectionneur belge de films Super 8
Au milieu des années 60, rares étaient les familles qui possédaient un projecteur 8 mm.
Quand ils en avaient un, il servait essentiellement à projeter les films de vacances et de famille et c’était un moment sacré lorsque l’on déroulait la toile de l’écran  et que le bruit du projecteur imposait par son ronronnement le silence impatient des spectateurs.
Et puis, par-ci, par-là, on découvrit chez les photographes des bobines de 45 ou 60 mètres avec des vrais films de cinéma. Charlot et Laurel et Hardy étaient de loin les plus présents. Ces films d’édition se louaient pour les fêtes, les communions, etc….Ils pouvaient également s’acheter mais le prix étant relativement élevé, seuls les mordus se permettaient cette dépense.

 

Bien vite, les catalogues comme ceux de « Film office » furent disponibles et l’arrivée du Super 8 apporta un élan nouveau à ce hobby.
Si beaucoup de foyers avaient la télévision, l’image de celle-ci était de qualité très différente de celle d’un film. Un film, c’était du cinéma. La télévision restait de la télévision.

Ces films étaient donc des extraits (bien souvent muets avec des sous-titres) de films ayant pour vedette William Boyd (Hopalong Cassidy), Fernandel, Eddie Constantine, Jean-Paul Belmondo et… Brigitte Bardot. L’extrait choisi étant d’une durée très limitée, il s’agissait d’une scène importante du film (une grosse bagarre, la poursuite de la diligence, la dans de Brigitte Bardot, et….).

Mais, c’est au milieu des années 70 que ce hobby a pris son véritable essor tant en France qu’en Angleterre, en Italie, etc…

La MGM lance sur le marché des extraits de 120 mètres (17 minutes à 24 images seconde) de films prestigieux (il faut savoir que ces films passaient rarement ou pas à la télévision tant les droits à payer étaient importants). Il devint donc possible de se procurer un condensé de « Ben-hur », de « Le magicien d’Oz », de « Chantons sous la pluie », de « Ivnahoé », etc…
Bien sûr, il y avait intérêt à connaître le film puisqu’on en voyait qu’une partie mais ces « résumés » étaient très bien pensés et ils donnaient (parfois en deux ou 3 bobines) une très bonne idée du film. On s’y replongeait avec toute la magie de la projection.
Seul gros problème, le coût : environ 500 francs français la bobine de 120 mètres couleurs et sonore.


La sonorisation était soignée et la plupart des copies disposaient de deux pistes magnétiques pour la son : la piste principale d’une épaisseur de 0,8 mm et la piste de compensation de 0,5 mm. Le son était enregistré dans la langue du pays qui distribuait le film et la piste de compensation pouvait permettre l’enregistrement dans une autre langue (travail ardu de synchronisation qui ne pouvait se faire que via un projecteur ou une visionneuse disposant d’un variateur de vitesse).

Dans les grandes villes certains magasins étaient spécialisés dans la vente de ces condensés et, même si la vidéo cassette envahissait le marché, les amateurs de films d’éditions en super 8 refusaient que l’on compare un « vrai » film à une bande magnétique volatile et destinée à la télévision.
Les catalogues proposant des extraits de films et même des longs métrages s’enrichissaient de nouveaux titres tous les ans.


Quelques maisons de distribution de films super 8 :
-Film office, Hefa  et les « grands films classiques » pour la France ;
- Silma, Avo Films, Ariete, Shark,  IE international, etc…
- Derann, Perry’s films, Ken Films, etc… pour l’angleterre
- Marketing films et UFA pour l’Allemagne
-ABC, Universal, MGM, 20 th century fox, etc… pour les USA

Parmi  les extraits en bobine de 60 ou 120 mètres, les exploits des « monstres » de l’Universal » des années 40 (Dracula, Frankenstein, le loup-garou, la Momie etc…) ont remporté un énorme succès et sont très recherchés par les collectionneurs.

Les passionnés allaient jusqu’à acheter à prix d’or un film dans une langue étrangère (même s’il ne comprenait pas) parce qu’il voulait ce titre qui n’existait pas dans sa langue.
Les longs métrages devinrent plus courant suite à la demande des amateurs et également suite à l’augmentation de la capacité des bobines (de 120 mètres on était passé à 360 mètres et même à 700 mètres sur les projecteurs haut de gamme (Elmo 1200, Beaulieu, et…). Une bobine de 360 mètres permettait en la chargeant au maximum une projection de 1 heure en 24 images secondes. Un film complet pouvait donc être projeté en deux bobines seulement.
Il n’est pas évident de recenser le nombre exact de longs métrages qui ont été produits mais la plupart des grands titres existaient sur le marche (Ben Hur, Autant en emporte le vent, l’express du colonel Von Ryan, le Docteur Jivago, Emmanuelle, la guerre des étoiles, le Corniaud, la grande vadrouille, le parrain, etc…


Il est important de souligner que certains de ces films étaient en cinémascope à l’origine. La plupart du temps ils étaient disponibles en format standard (format normal, non scope) sur les copies super 8. Il y avait donc « perte » d’une partie de l’image et si les deux protagonistes se parlaient chacun situé à l’extrémité de l’écran en scope, la projection en super 8 laissait tout au plus deviner 2 bouts de nez qui se parlaient. Des copies en super 8 scope ont été produites. Elles nécessitent l’utilisation d’un objectif spécial appelé objectif anamorphique qui permet d’avoir une véritable image en scope.


Pour information, à Londres, lors des conventions biannuelles, des démonstrations des projections des derniers films produits par Derann permettaient une projection de haute qualité en cinémascope sur  un écran d’une largeur de…7 mètres dans une salle de 300 places !!!
Je m’en voudrais de ne pas dire un mot sur la production italienne qui est certainement celle qui compte le plus grand nombre de titres disponibles (westerns, films policiers, peplums, films d’horreur, grands classiques, etc….). Malheureusement, c’est aussi en Italie que l’on trouve les copies de qualité la plus médiocre (certains films sont tirés à partir d’une copie pleine de rayures et de raccords au point que le film devient « irregardable » ). C’est dommage car des maisons comme Silma produisent des copies de très bonne qualité mais en allant voir sur internet la data base des films super 8 en Italie, on obtient une idée objective de la qualité du film. Mais que de beux titres (Scaramouche, l’homme au masque de cire, le prisonnier de Zenda, Autant en emporte le vent, etc….).


Seuls quelques « résistants » (Classic home cinéma en Angleterre) produisent encore des nouveautés en super 8.
Heureusement les bourses du Cinéma permettent de trouver des films d’édition d’occasion et donnent ainsi une nouvelle vie à ces bobines qui continueront à tourner pour notre plus grand plaisir.

 

 

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